13.5.13

Mineur


Absolus, le voyage immobile et l’indécise envie. Trop de vie. Tant à dire, tant à ressentir, et le temps qui manque, le temps de goûter votre émoi, le temps du sel sur la peau, le temps de revivre, encore un peu, le temps de savourer, le papier de soie se déchire, la peau percute, et les guitares irisent mes hanches, le feu, le feu de vos doigts, votre main qui dessine la rougeur sur la peau blanche, c’est cela, dites-moi, c’est cela l’urgence, être encore feu et déjà glace, être à votre bouche, être dans le regard, votre caprice et puis, la viande et le goût du sang, le vin et l’ivresse, tu sais la chair est essentielle, et rire, rire de nos folies, rire d’avoir exigé la pureté de l’âme, rire de nos petites compromissions, mes héros d’hier, lettres et sourires, quand le temps a roulé sur nos pieds nous avons changé, nous avons vieilli, mais au fond de vos yeux, parfois, au détour d’un sourire, je retrouve l’étincelle, je sais la foi, et la folie. Je vous ai cru invicible, oh inaccessible interdit, touché du doigt, goûté du bout des lèvres et sursaute, petite non, tu ne peux pas, aimé de rien, comme une évasion ordinaire, les frissons des vertèbres, le corps humide déjà, touché goûté et déjà la perfection n’est plus, car elle ne peut être, qu’imaginée, mais c’est autre chose, plus, mieux, différent, comme un choc de vie, les réels se mélangent, vous êtes et puis non, c’est différent. Je vous croyais solide, mon pauvre amour, et je vous découvre si fragile, quand ma main effleure vos flancs dessinés. Il y a le désir, et il y a l’encore. Encore vivre un peu, entre vos mains déliées, que la chair s’émeuve, que les seins se dressent, encore jouir un peu, quand votre bouche me dévore, et vos doigts m’écartèlent, quand ma chair violacée, et que votre peau s’affine, quand mon ventre vous réclame, quand il me faut être prise pleine comme l’abandon de toute pudeur, que l’urgence se fait percussion, que votre souffle, souffle et puis râle, que mon poing se serre, que vos dents dans mon cou, que les yeux ne savent plus, que la peau glisse et cogne, et la tête contre, et le ventre contre, et les seins écrasés, et la fièvre, la sueur, vos reins luisent et mon corps est plaisir, et ma bouche vous boit, et mon ventre jouit.

Parfois, je suis au bord du silence. Il y aurait tant à vivre...

Après le bonheur, la bouche en extase, la peau frissonnante d'épices, l'envie d'écrire s'éveille, comme un voyage immobile. La jouissance enivre, Monsieur.


Ecrire en la mineur, sur les notes de Bach, comme un hommage.
(La musique est ici... http://www.youtube.com/watch?v=u6Hhb7y8mkU )

17.4.13

Cavalier

Sur le trottoir, un jeu d'échec. Les blancs attendent qu'un volontaire se décide à ouvrir le bal.
Aux heures un peu folles, dans la vie trop pressée, je rentrais chez moi. Sur les marches de l'église, il attendait. Sale. Le cheveu en broussaille, la mine ni triste ni gaie, un peu de crasse, une trace de larmes, un souvenir dessiné.
A ses pieds, un chien, de ceux qui accrochent les sourires, superbe cabot de rue noir jais, l'oeil vif et pourtant sagement installé sur la chemise de son maître, roulée en boule, coussin de fortune.
Souvent, dans d'autres rues, près d'une autre église, je les ai croisés, échangeant quelques coups de fou avec l'un ou l'autre.
Aujourd'hui, l'échiquier était parfaitement dressé, les pièces prêtes, le jeu offert à qui aura le geste.

Je ne sais pas jouer aux échecs, Monsieur. Pardonnez-moi.

16.4.13

Velin

A l'heure des quatre pluies, et des indécences frigides, je veux. Exalter le beau, effleurer ta peau, envirer mes rêves des demains fantaisie, explorer de la langue, les mots, ton ventre, hier. Je porte le sceau de la femme d’ailleurs, comme un hier, une folie comme un bonbon, berlingot de vice et acidulé d’amour, un de ces mélanges audacieux qui goûtent la douce délinquance, tu sais, quand nos retrouvailles se célébraient sur le sol glacé d’une petite chambre, quand nos corps s’apprenaient encore, quand tu avais l’âge des hommes et moi celui des jeunes filles.
C’était. Les corps oublient, crois-tu ? Quand nos devenirs sont devenus, quand d’amants éperdus que sommes-nous ? 
Je t’ai dit vous si longtemps, au courbe de mes reins, je t’ai dit tu au creux de mes seins, je n’ai plus rien dit à l’extase parfaite, quand tes mains, ou ta bouche. 
Oh ta bouche, et ce premier baiser volé, ce baiser au goût de volupté, quand les lèvres chaudes, douces, prolongent avec une générosité imprévue un bécot devenu dévorance. Un soir, au clair de lune, dans les ruines d’une guerre infinie, j’ai goûté à l’étreinte qui retourne la raison contre soi, de ces instants où le non si lointain murmuré est contredit par l’électricité de la peau, la promesse déjà, même si la nuit attendra. 
Il y a ces heures où les peaux se délivrent, la mienne se rappelle parfois, le temps de la vie brûlante, des heures effrénées, les trains de désir et les explorations interdites. Elle me raconte, encore, l’émoi des heures bleues, la caresse d’un sein pas encore fruit, la candeur et la lucidité, l’absolue frénésie de nourrir votre plaisir à coups de bouche, à coups de mots, à coups d’envie ici ou là, quand vous preniez mon ventre comme territoire conquis en toute indécence, le frisson des cuisses, la moite rosée sur vos doigts égarés, la loyauté des amours mortes aux sexes apaisés.

La moitié de nos vies a passé, et parfois, à la nuit ou au vin, quand une odeur, un instant, un lieu partagé, j’ai le souvenir vorace, l’appartenance tatouée, la chair apprivoisée, et les toujours provisoires. Les arabesques dessinées sur la peau de mes reins sont comme autant d’évasion des sens, souvenez-vous mon amour comme nous étions beaux, et fous, et que nous avons brûlé, bien avant de vivre, les secrets d’une éternité.

A l’arrière des berlines, je vous devine.

9.3.13

En silence


L’air de rien, je m’étire. Creuse les reins, cuisses serrées, les fesses s’écartent, je n’y peux rien, le désir traverse l’épiderme, je voyage en fermant les yeux, toujours cette brûlure affamée quand les bras s’élèvent, les seins électriques, tu sais, quand tes mains me font jouir d’un sourire esquissé. 
Mes os craquent, ma peau fraîche prend des couleurs rosées, les muscles roulent sous la peau. Il en a fallu du temps, pour que le corps reprenne sa vie. Un peu comme un long silence après l’orage, ou cet instant d’abandon absolu après la jouissance, quand l’air sent le sel, la peau moite, l’odeur de l’autre incrustée sur le sein, le sexe humide d’une autre vie.
Et le soleil, tandis que je rêve, réchauffe mes mains, je me prélasse encore un peu, dans les entrelacs des désirs, entre ce que j’ai vécu, ce que j’ai rêvé. Le bleu sur ma cuisse me rappelle l’émoi, ma fesse encore cuisante rougit de ses ardeurs à la paume. Le plaisir de l’encre qui tache mon doigt, les lettres qui s’alignent comme autant de souvenirs, tandis que dans mon lit somnole cet homme en sueur, qui a traversé ma nuit comme d’autres mènent des combats, le sexe doux, le regard flou. 

Il est beau.
Banalité du regard alangui, apaisé.
Il est beau du plaisir qui plane encore, quand son corps écrasait le mien, quand le soupir de sa chair exaltée soufflait à mon oreille les indécentes fantaisies de nos corps emboîtés, quand la sueur de son ventre coulait entre mes fesses, quand mes cheveux se perdaient à ses joues, quand mes seins dans ses mains, quand mes reins insolents devenaient moites à en gémir, à chercher l’air et pourtant défaillir.
Il s’endort, et je revis, impitoyable mémoire, les mots qui me chavirent, les murmures affolants, les liens tissés comme les doigts se croisent, l’imperfection attachante. 
La folie a brûlé mes années tendres, le ventre torturé par la déraison, la passion dévorante, aimer encore, fort, trop, mal, l’apaisement vient enfin, le temps a porté de nouvelles jouissances à corps imparfaits, dans le fragile équilibre des espoirs lucides et des consciences un peu folles, quand la main a appris le corps, quand la bouche a tracé le chemin, quand la figue se révèle fruit, gourmandise sucrée d’une demi-vie. 

Les cuisses à peine écartées, alors, écrire les mots de nos errances, alors écrire, comme si le verbe pouvait éveiller les sens, comme si la vie coulait de mes yeux, larmes de désir, intime jouissance...